Il y a des marches dont on ne mesure pas la portée.
On croit partir pour quelques heures, suivre un sentier, respirer l’air du dehors.
Et puis, en chemin, quelque chose se déplace.
Plus discrètement. Plus profondément.
Ce n’est pas seulement la montagne que l’on traverse,
mais un espace en soi, parfois inconnu.
Le récit qui suit en est une trace.
TÉMOIGNAGE SENTIER DES TROIS MONTS
(SAINT-JOSEPH-DE-COLERAINE)
Je ne suis pas une grande marcheuse mais j’aime faire des randonnées qu’il pleuve ou qu’il fasse
beau, ça me va. Si je fais une randonnée l’hiver je choisis le parcourt et la température. Peut-être
mon petit côté princesse mais je m’assume.
La montagne, je l’ai approchée plusieurs fois mais principalement sur des sentiers plats avec de
légère pentes.
Alors, partir pour une randonnée hivernale de 11 km, au sentier pédestre des Trois Monts à Saint-
Joseph de Coleraine relevait déjà de l’inconnu. Dès le départ, j’ai compris que ce ne serait pas
une simple marche.
Les sentiers étaient glacés, la neige fondante rendait le sol instable et le dénivelé se faisait sentir
rapidement.
Je ne suis pas en très grande forme, c’est l’hiver, les sentiers commencent à dégeler, j’ai des
bottes de marche oui mais des crampons conçus pour du terrain plat pas pour une montagne russe
de montées et de descentes en condition hivernale. La guide qui m’accompagne dans cette
aventure est une experte de la marche en montagne, rien à voir avec moi.
Ma petite voix intérieure me dit : Vais-je être en mesure d’accomplir ce défi ?
Les premiers 5 km étaient en montée. La guide m’a demandé si ça allait, si je me sentais en
forme pour continuer. J’ai dit oui, un oui conscient mais sans vraiment mesurer ce qui
m’attendait. Il faisait beau, j’étais heureuse d’être là, me sachant très bien accompagnée et
supportée.
J’avançais lentement avec prudence. Chaque pas était réfléchi. Je cherchais le solide sous mes
pieds, j’écoutais mon corps, je respectais mes limites.
La fatigue s’est tranquillement installée…Après 4 km je me suis écrasée dans la neige, fatiguée,
découragée et à bout de force me demandant comment j’allais pouvoir continuer. Il restait 7 km à
faire !
Suivant les conseils de ma guide, nous avons pris une pause. Je me suis assise, mangé une
collation, bu de l’eau, ce qui m’a permis de reprendre des forces.
A ce moment-là, j’ai réalisé que personne ne pouvait terminer le parcours à ma place et nous ne
pouvions pas avoir du secours non plus. J’étais en haut d’une montagne, au milieu du bois, face à
moi-même. Elle m’a proposé de porter mon sac à dos pour m’alléger un peu. Nous sommes
repartis.
J’ai puisé profondément en moi. J’ai découvert une force que j’ignorais avoir à ce jour.
Le courage et la détermination m’ont permis de continuer malgré la fatigue et la crainte de me
blesser ou de ne pas arriver jusqu’au bout.
J’avançais lentement, pas à pas, avec prudence, une respiration à la fois. Chaque pas était
réfléchi. Je cherchais le solide sous mes pieds, j’écoutais mon corps.
J’ai réussi à compléter les 11 km en 6 h18, 29 702 pas. Un dénivelé exigeant dans des conditions
difficiles.
Ce que cette expérience m’a apporté dépassent largement la randonnée en elle-même. C’était une
leçon de vie. J’ai pris conscience que tout est possible. Il suffit d’y croire et de puiser l’énergie là
où elle se trouve.
La Connexion avec la nature et la beauté du paysage valait tous les efforts.
Je me suis dépassé, j’ai sorti de ma zone de confort. Je me suis surprise moi-même.
Cette ascension m’a donné plus de confiance en mes capacités. J’étais fière de moi.
Les plus grands sommets ne sont pas toujours ceux qu’on voit devant nous mais ceux qu’on
gravit à l’intérieur.
Aujourd’hui, lorsque je pense à cette journée, je ne vois pas uniquement une montagne, je vois
une femme qui a continué, malgré la fatigue et la douleur qui n’ont duré qu’un instant bien sûr.
Et ça pour moi c’est tout un exploit.
Je remercie du fond du cœur la guide qui m’accompagnait. Je n’aurais pas vécu ça de la même
façon sans elle. Sa présence, son écoute, ses encouragements et sa façon de me guider ont fait
toute la différence. Elle a cru en moi dans les moments difficiles, et ça m’a portée beaucoup plus
loin que je l’aurais imaginé. Je suis profondément reconnaissante de l’avoir eu à mes côtés.
Merci, cette expérience restera gravée en moi longtemps.
Nathalie
C’est ce type d’espace que j’ouvre, simplement, en marchant avec vous.
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